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[entretien] Profession : Archiviste

30 Novembre 2012 , Rédigé par Naddie Publié dans #Entretiens

Aujourd'hui c'est Cloeliae qui a accepté de se soumettre à mon jeu de questions/réponses pour me faire découvrir son métier.

 

 

Quel est ton metier ?


Je suis archiviste dans la fonction publique territoriale. Je suis spécialisée dans le traitement des fonds des communes et structures intercommunales, toutes époques confondues. Mais sur mon poste actuel, je traite exclusivement de documents de gestion consulaires (1550-1790). Pour dépanner, il m’arrive de classer également des fonds publics contemporains (tribunaux, chambre de commerce, Préfecture, Conseil général…)

 


Depuis combien de temps exerces-tu ce métier ?


16 ans (je crois à peine ce que j'écris !)

 


Vocation, hasard ? Pourquoi cette carrière ?


J'ai bassiné mes parents durant tout le lycée : je voulais être psy. Le lendemain des résultats du bac, j’étais inscrite en fac d’histoire. Personne n’a rien compris, d'autant qu'il était hors de question de prendre la voie professorale, mais on m'a laissée faire. Durant la première année, j'ai été amenée à travailler sur un projet au long cours de ma prof d'histoire moderne. Il s'agissait de dépouiller une année d'engagement du Mont de Piété local. Pour moi, ce fut 1686 (Mi règne de Louis XIV, pour situer) et définitivement la naissance de ma vocation. Quand j'ai vu Mr F. apporter cet immense registre poussiéreux, j'ai su que j'étais cuite !

 


A quoi ressemble une journée ?


J’ai horreur de la monotonie. Je m’arrange toujours pour courir plusieurs lièvres à la fois, ce que mon poste permet justement. La prise en charge des fonds communaux s'inscrit dans une chaîne. Selon les jours, je navigue entre ses différents stades, parfois pour plusieurs fonds.

En amont, il y a le contrôle scientifique des collections publiques par l'Etat. C'est mon directeur qui l'exerce au nom du Préfet, mais c'est moi qui planifie, prépare les inspections, synthétise les données recueillies. Dans mon département actuel, rien n'avait été fait depuis 1964. Il a fallu créer les procédures, les outils, le réseau. J'essaie de programmer deux inspections par mois pour rattraper le retard en 10 ans.

A l'issue de l'inspection, le directeur décide de laisser le fonds sur place ou de le déposer. Dans ce cas, j'établis à son arrivée une fiche de reconnaissance, j'envoie à la désinfection les documents atteints de moisissures.

Puis vient le temps du classement proprement dit. Dernier arrivé, premier traité ! Du coup je n'avance pas beaucoup sur l'arriéré (200 mètre linéaires à la grosse louche). Je lis chaque document, l’analyse et le range dans une des catégories (série) d’un cadre de classement national. Puis je reprends chaque tas et forme des articles (en gros une liasse = un sujet). Chaque article fait l’objet d’une description normée ; l’ensemble est regroupé dans un inventaire (répertoire numérique détaillé) qui est ensuite mis à la disposition du public en salle de lecture. C’est ainsi que le champ de la connaissance avance !

Dans le cadre du service, j’ai bien d’autres activités :

- Présidence de la salle de lecture : cela me permet de sortir mon nez de ma niche pour pratiquer le fonds départemental dans son intégralité.

- Mise en valeur des fonds (service éducatif, expositions, indexation collaborative)

- Encadrement de collègues dans leurs travaux de classement.

- Formation de secrétaires de mairies.

- Recherches administratives mais plus généralement historiques pour des particuliers qui en font la demande par écrit.

 


Qu'est-ce qui te plaît, qu'est-ce qui te pèse ?


La découverte à chaque fois renouvelée d’une histoire particulière. La plupart des fonds, ne nous voilons pas la face, est assez ennuyeuse, répétitive. Quand on se retrouve devant 11 mètre linéaires de documents du XVe au XIXe siècle en occitan, en français, voire en latin, (sachant que dans un fonds ancien en vrac on avance de 10 à 30 cm par jour), il y a de quoi se décourager ! Mais il y a toujours, toujours, un document qui sauve le tout. Parfois il s’agit d’une typologie que je ne connais pas, ou une graphie étrange, d’une formulation particulièrement élégante… souvent, c’est simplement l’irruption de la vraie vie des hommes de l’époque qui me touche en plein cœur : une requête d’un marinier qui demande l’augmentation de ses gages pour la traversée de la rivière, une quittance pour récompenser des enfants qui ont attrapé des souris dans l’église, le témoignage devant le tribunal révolutionnaire d’une jeune fille un peu nia ise abusée par des gardes nationaux éméchés. Ces instants me nourrissent et me permettent de résister à ce que je n’aime pas dans mon environnement de travail. Car l’administration est une machine à broyer, les usagers comme les agents. J’ai travaillé sous tous les statuts (contrat privé, stagiaire, titulaire, détaché), je n’ai toujours pas trouvé le lieu et/ou le directeur qui me laissera exercer mon métier en toute sérénité.

 


Une anecdote, un souvenir particulier ?


Dans une autre vie, j’ai été itinérante dans un département. Lors d’une mission, J’ai découvert dans le coffre d’un château inhabité un petit fonds provenant de la succession d’un personnage historique de premier plan, échoué là des dizaines d’années plus tôt. Il a été déposé aux Archives nationales, dans la section archives privées.

 


Est-ce un métier difficile à assumer ? Quelles sont les réactions quand tu l'évoques ?


C’est un métier qui surprend. Les personnes à qui j’en parle me disent toujours que je suis passionnée. Et moi, je suis étonnée de donner cette image de moi !

 

 

Avec le recul, tu re-signes ?


En fait je n’en sais rien. J’aime mon métier, mais je n’aime pas la manière que l’on a de me le faire faire.

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musgrave 03/12/2012 21:11

Très intéressant ! merci pour le témoignage !

Naddie 14/01/2013 21:34



Avec plaisir !