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[entretien] Profession : Avocat spécialisé en Divorces

30 Novembre 2012 , Rédigé par Naddie Publié dans #Entretiens

Aujourd'hui, c'est @Tinkerbell_ring, "divorceuse professionnelle" qui me fait le plaisir de me répondre. Elle me parle de son métier, des joies qu'il procure, et de ses difficultés. 

 


 

Depuis combien de temps exerces-tu ce métier ? 

 

11 ans. Je commence à faire partie des vieilles !

 

 

Vocation, hasard ? Pourquoi cette carrière ? 

 

Vocation totale, depuis que j’ai l’âge de 12 ans. Après avoir vu les séries américaines à la télé montrant le valeureux avocat se torturer les méninges pour tenter de sortir son client du bourbier dans lequel il s’est mis, volontairement ou pas.

 

Et pendant toute ma scolarité depuis la 6ème jusqu’à l’obtention du CAPA, je n’ai pensé qu’à ça et n’ai travaillé que pour ça. Je n’envisageais pas autre chose.

 

En revanche, le souhait de se consacrer uniquement au droit de la famille s’est manifesté à la fac, lorsque j’ai fait connaissance avec le cours relatif aux régimes matrimoniaux et aux successions.

 

Évidemment, la liberté totale qu’apporte l’exercice libéral a aussi été un élément décisif. Je ne me voyais pas salariée et je ne regrette absolument pas mes années de collaboration.

 

En revanche, je ne me suis posée la question de l’argent (et donc de savoir si c’était rentable) qu’après. J’aurais peut être dû me la poser avant….

 

 

A quoi ressemble une journée ? 

 

Elle se partage entre le travail de fond (conclure, assigner), les rendez-vous clients ou les réunions et les audiences.

 

Je ne plaide quasiment jamais en audience publique. Ça tombe bien, je suis une ancienne timide maladive. Ce n’est pas ce que je préfère et j’ai un trac fou. De fait, je ne mange jamais avant de plaider sinon le magistrat risque d’avoir une mauvaise surprise.

 

Les rendez-vous clients prennent beaucoup de temps. D’une part parce qu’ils ressentent un besoin énorme de se confier, d’autre part parce que je veux absolument connaître leur mode de fonctionnement.

 

 

Qu'est-ce qui te plaît, qu'est-ce qui te pèse ?

 

Le côté technique de la matière est vraiment intéressant. Je parle évidemment de l’aspect liquidation partage ou des subtilités procédurales. Je fais aussi ce métier pour l’amour du droit.

 

Ce qui me pèse est d’être régulièrement confrontée à l’aspect détestable de la nature humaine. J’essaie de relativiser, de prendre du recul, mais ce n’est pas facile.

 

 

Une anecdote, un souvenir particulier ? 

 

Plusieurs.

 

Une fois, j’ai découvert dans les pièces adverses les photos de l’anatomie intime de mon client. J’en suis encore traumatisée…

 

Sinon, cette maman pour laquelle j’ai réussi à récupérer les enfants emmenés par le père en Guadeloupe. Il avait énormément d’argent et une position sociale importante par rapport à la maman. J’ai sauté comme un cabri dans le Palais de Justice quand j’ai reçu la décision.

 

Ou encore ce papa ému qui m’a remercié d’avoir obtenu la résidence de son fils alors que tout le monde autour de lui disait qu’il n’avait aucune chance, sauf s’il inventait des mensonges sur la maman. J’ai toujours refusé ces façons de procéder et j’ai été heureuse de constater que ça a été payant.

 

 

Est-ce un métier difficile à assumer ? Quelles sont les réactions qd tu l'évoques ?

 

Déjà, quand on dit qu’on est avocat, ça véhicule beaucoup de fantasmes.

 

En revanche, dès que j’annonce (sur l’insistance de mon interlocuteur) que je fais du divorce, la personne en face a clairement un mouvement de recul. Un peu comme si j’allais leur refiler une maladie.

 

Beaucoup considèrent que je profite des déboires amoureux ou familiaux des gens pour gagner ma vie et estiment que je devrais être morte de honte.

 

Souvent, je dois leur expliquer que mettre fin à plusieurs années de mariage, ce n’est pas comme résilier un abonnement téléphonique, qu’il y a des enjeux non seulement financiers mais également concernant les enfants, que c’est une démarche qui peut être longue psychologiquement parlant et qu’à chaque étape, la personne doit être conseillée au mieux de ses intérêts. Le message passe néanmoins assez mal.

 

Alors parfois, je renonce, et je leur confirme que oui, si je traite ce contentieux, c’est forcément parce que je suis une sadique machiavélique.

 

 

Avec le recul, tu re-signes ? 

 

Dans les moments de gros blues, je me dis qu’effectivement, je me suis totalement trompée. Mais ça ne dure jamais longtemps.

 

 

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