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[entretien] Profession : Commissaire-priseur

26 Juin 2012 , Rédigé par Naddie Publié dans #Entretiens

Rares sont les gens qui ont réalisé professionnellement un rêve de gosse ! Eric Le Blay, commissaire-priseur, nous parle de son métier.

 

Depuis combien de temps exerces-tu ce métier ?  


Depuis 1996 


 

Vocation, hasard ? Pourquoi cette carrière ?


Je devais avoir dans les 10 ans, j'ai assisté un jour à une vente aux enchères, c'était au moment de Noël. J'ai trouvé le bric-à-brac hétéroclite présenté extraordinaire, cela ressemblait à la caverne d'Ali Baba. L'ambiance était également très particulière, électrique, avec des personnages truculents, et le commissaire-priseur, du haut de son estrade, était le chef de ce monde exotique. Je voulais être le chef. A la rentrée scolaire suivante, sur les fiches de présentation que nous devions remplir à la demande de la maîtresse, j'ai indiqué que le métier que je souhaitais faire était commissaire-priseur. La maîtresse a trouvé cette idée beaucoup plus originale que les habituels pompiers, astronautes et autres aventuriers, elle m'a cité en exemple et j'en ai bien évidemment tiré une grande fierté. Les années suivantes, j'ai gardé ce projet en tête, et à chaque fois il rencontrait le même écho.

Petit à petit j'en suis venu à m'intéresser de façon plus "professionnelle" à ce métier.

J'ai appris à aimer les objets, leur histoire, les tranches de vie qu'ils peuvent véhiculer...  

 

 

A quoi ressemble une journée ?  


Il n'y a pas de journée type, c'est cela qui est agréable. Parfois je suis dans des maisons pour des inventaires (succession, assurance, tutelle, etc...), parfois je suis dans mon bureau pour faire des recherches (sur un artiste, un type de meuble ou objet), ou rédiger des expertises, parfois je suis dans la salle pour diriger des ventes. 

 

 

Qu'est-ce qui te plaît, qu'est-ce qui te pèse ?


J'aime la diversité  et les surprises. Je rencontre beaucoup de monde de tous les horizons. Je suis également souvent obligé de me remettre en question sur mes connaissances dans tel ou tel domaine, il faut être curieux et humble.

 

Je n'aime pas l'image fausse que certaines personnes véhicule sur notre profession, la paperasse nécessaire, les rivalités qui existent dans ce petit milieu.

 

 

Une anecdote, un souvenir particulier ?  


Ma première vente, celle d'une partie de la succession du philosophe Jacques Ellul, ou bien plus récemment la découverte d'un appartement fermé depuis 1950 avec un superbe ensemble mobilier des années 30 et tout resté en l'état, même les revues de l'époque étaient encore sur la table basse du salon.

 

 

Est-ce un métier difficile à assumer ? Quelles sont les réactions qd tu l'évoques ?


Oui et non. 

Le public a une image souvent idyllique de notre profession. Certes nous sommes amené à côtoyer de belles choses, mais notre quotidien est moins glamour. Notamment lorsque l'on intervient pour des inventaires de tutelles, divorces, saisies ou des liquidations judiciaires. Nous sommes alors au plus proche de personnes dans des situations de détresse morale ou financière. 

Parfois nous sommes pris à parti, ou bien faisons office de médiateur, conseiller, ou même psychologue.

Ce qui est valable pour les grandes maisons de vente parisienne ne l'est pas forcément pour les petites études de province. 

Financièrement il est parfois également difficile d'assumer toutes les charges financières qu'implique une profession libérale.

 

 

Avec le recul, tu re-signes ? 


Là encore oui et non.

Oui parce que j'ai réalisé un rêve d'enfant, et que c'est une profession qui apporte beaucoup sur le plan intellectuel et humain.

Non, parce qu'en tant que grand curieux, j'aurais aimé explorer d'autres horizons.

 

thorpriseurREDIM.png

© Solinette

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Carole Nipette 26/06/2012 12:17

Très intéressant... Le côté découverte me plairait beaucoup même si le côté social doit être beaucoup plus dur, il faut se blinder j'imagine...

Naddie 27/06/2012 21:25



C'est également un aspect que j'ai davantage appréhendé au détour de cet entretien. Trop souvent la profession de commissaire priseur est cantonnée à Sothebys ou Drouot !