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[entretien] Profession : Procureur de la République

1 Octobre 2012 , Rédigé par Naddie Publié dans #Entretiens

Cette fois-ci, c'est moi qui ai posé les questions. Et @Proc_Gascogne a bien voulu me répondre ! 

Souvent méconnu, trop souvent assimilé à la fonction américaine qui font la gloire des séries télé, il nous parle de sa fonction au sein du Parquet. 

 


Quel est ton metier ? 


Je suis magistrat de l'ordre judiciaire, ce qui signifie que je suis en charge de traiter les litiges entre particuliers, de nature civile ou pénale. Je laisse avec grand plaisir et totale humilité à mes cousins magistrats administratifs et financiers ces contentieux auxquels je ne comprends goutte. Je suis actuellement magistrat du parquet. Je suis donc en quelque sorte l'avocat de la loi et de l'intérêt général. J'ai auparavant été magistrat du siège, passé par presque toutes les fonctions, civiles, affaires familiales, mais surtout pénales, juge correctionnel en tant qu'assesseur ou président de « juge unique », assesseur en cour d'Assises, juge de l'application des peines, juge d'instruction. Et même un peu juge des enfants, en remplacement, mais l'expérience n'a pas été concluante. Il n'y a que les matières de l'instance qui ont pour le moment échappées à mes frasques. Au parquet, je me suis spécialisé dans les affaires économiques et financières.

 


Depuis combien de temps exerces-tu ce métier ? 

Une pudeur de violette me pousse à ne pas répondre à cette question qui révélerait à mes fans que je ne suis pas de la dernière jeunesse. Ceci étant, n'étant pas de la première vieillesse non plus, j'ai déjà dépassé la dizaine, sans être encore majeur.

 


Vocation, hasard ? Pourquoi cette carrière ? 

Je ne crois pas que l'on devienne magistrat par hasard, parce qu'on aurait vu de la lumière à l'ENM et que l'on serait rentré. Je souhaitais faire ce métier depuis le lycée, la voie toute tracée étant dès lors la faculté de droit. Mais je dois bien reconnaître que le lycée prépare très mal à la fac de droit, et que j'ai été particulièrement surpris de découvrir des matières que je n'imaginais même pas. Ah, les joies des finances publiques, ou du droit social... Heureusement que la fac de droit m'a plu. Maintenant, quant à savoir pourquoi, sans doute ai-je vécu quelques injustices dans ma jeunesse, que j'ai voulu corriger en devenant juge... Mais l'introspection demanderait trop de temps.

 


A quoi ressemble une journée ? 

Aucune journée ne ressemble à une autre, et c'est bien cela qui est passionnant. L'audience est ce qu'il y a de plus stressant, mais aussi de plus intéressant, car pour le moment, je n'envisage pas mes fonctions, au siège comme au parquet, sans contacts avec les justiciables. Traiter les procédures « papier » dans mon bureau n'est pas ce qu'il y a de plus passionnant, mais cela fait partie du travail, chaque plaignant attendant avec impatience le résultat de sa plainte. Enfin, la permanence téléphonique, qui dure une semaine, 24 h sur 24, est particulièrement fatigante, mais représente la quintessence de la direction des enquêtes par le procureur. Bref, une journée ressemble tellement peu à une autre que l'on n'a jamais le temps de s'ennuyer. On n'a jamais le temps tout court, d'ailleurs...

 


Qu'est-ce qui te plaît, qu'est-ce qui te pèse ? 

Le sentiment de justice après une décision rendue est ce qui est bien évidemment le plus plaisant dans ce métier. Par contre, le faire avec des moyens aussi contraints, matériels et humains, est ce qui est le plus usant. Je n'ai que rarement le sentiment de me battre contre les justiciables ou leurs avocats. Contre ma propre administration, par contre, cela m'arrive beaucoup plus souvent. La hiérarchie du parquet est aussi en ce qui concerne mes fonctions actuelles parfois assez lourde.

Une anecdote, un souvenir particulier ? 

Un souvenir de juge d'instruction : une femme de 70 ans, victime de viols de la part de son mari, qui au bout de l'audition pendant laquelle elle m'a raconté très dignement toute sa vie avec cet homme, me regarde l'air de réfléchir profondément, et me dit, très calmement : « je me rends compte que j'ai eu en tout 6 mois de bonheur dans ma vie ». Ma greffière et moi avons eu envie de pleurer.

 

Sinon, heureusement qu'il y a aussi des sourires ou des remerciements, même dans les fonctions pénales.


Est-ce un métier difficile à assumer ? Quelles sont les réactions qd tu l'évoques ? 

Non, j'assume parfaitement mon métier. Je l'assume d'autant plus que je l'aime profondément. Ce qui donne sans doute parfois une coloration corporatiste lorsque je le défends. Mais il est évident que tout comme les proctologues, les gens préfèrent éviter d'avoir affaire à nous, mais l'intérêt social de la fonction me semble difficile à contester. Quant aux réactions, elles sont globalement plutôt positives.


Avec le recul, tu re-signes ? 

Engagez-vous, rengagez-vous qu'ils disaient. Je resigne des quatre mains et des deux pieds.

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